Christophe Hinz

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Voici quelques textes que j'ai écrits, dans l'ordre chronologique de leur rédaction. Ils n'ont rien d'autre en commun que d'avoir été écrits par moi et que j'ose les mettre sur ce site!


Première neige

Il a neigé sur la plaine
Il a neigé sur le monde
Et les mœurs soudain adoucies
Accentuent cette blancheur nouvelle

Il a neigé sur le monde
Il a neigé dans ma tête
Tel un drap que l’on étale
Dissimule le matelas ridé

Il a neigé dans ma tête
Il a neigé dans mon cœur…
Mais cette neige a fondu

La chaleur trop intense,
Le souci trop ardent,
La grande faucheuse latente!

La verdeur de l’espoir a résisté à l’hiver.

(Novembre 1998)


Isolement

Lourde est la plume qu’a créée mon esprit
Plus pesante que l’enclume des innocents
Plus massive que le cuirassé des gagnants
Plus dévastatrice que la dynamite du meurtrier

Comme elle aurait dû me porter sur ses ailes
Tel un phœnix ardent dans le ciel
Un pur-sang docile
Un tapis roulant vers l’infini!

Comme elle semble belle lorsqu’on l’aperçoit au loin!
Comme les gens envient sa blancheur immaculée!
Ne savent-ils donc pas à quel point elle pèse
Quand elle me propulse vers le ciel?

Parti seul vers les étoiles,
Unique passager d’un voyage sans retour,
Je scrute le ciel à travers les hublots
À la recherche d’une autre colombe

Et par moments je désespère
Je regarde vers le bas
Nostalgique des fardeaux éphémères
Auxquels j’échangerais volontiers mon poids

(Mai 2001)


La colère de Zeus

Pourquoi Zeus est-il en colère? Qu’est-ce qui le pousse à tonner si fort? Lui ai-je déplu? Dans le vrombissement indifférent d’un autobus, je traverse les foudres. Autour de moi, le déluge. En moi aussi, il faut dire. Ça tonne de partout, et à bien y penser, ça tonne de dedans aussi. Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Diable! Je ne le sais.

Allons-nous quelque part?

ALLONS-NOUS QUELQUE PART?

Si, en autobus, on voit le paysage passer, mais si l’intérieur ne change pas, allons-nous vraiment quelque part? Un round trip sans descendre, est-ce un voyage? À tant d’instants, on voudrait descendre, s’arrêter quelques moments pour regarder une fleur, dire bonjour à un vieux dans sa chaise berçante… mais on ne peut pas. C’est un paysage. On en extrapole une réalité, mais ça ne reste qu’une vague toile, sans cesse changeante.

MON fleuve est en vue. Il appartient à tous, mais je sais que je le possède. À tous, mais à moi seul en même temps. Ô toi, quand nous reverrons-nous? Reviendrai-je te côtoyer tous les jours, pourrai-je admirer de nouveau ta majesté? Tu vas me manquer.

Tu vas me manquer.
Tu vas me manquer.

Je crois ne pas avoir été clair; tu vas me manquer.

La toile s’est transformée en sourires, le temps d’un arrêt. On dirait presque que Zeus aussi a mis sa colère de côté; où peut-être est-il fatigué d’avoir tant tonné? Sûrement.

La ville est encore prise sous la mitraille, mais tout ceci est rendu loin. La toile, la toile… Nouvelle réalité? Suis-je sorti de quelque chose? Y ai-je jamais été?

Y ai-je jamais été?

On est ce que l’on fait, et l’on fait ce que l’on rêve. Mais moi, je ne dors plus, alors comment rêver, comment FAIRE? Comment ÊTRE???

Rêver……………………

Encore rêver…………………

Le rêve transforme la réalité en une autre réalité, il ajoute une profondeur, une nouvelle dimension, une perspective inespérée!!! Ah! Recommencer à rêver… Ajouter des couleurs, de la lumière à une pièce vaguement éclairée…

Rêver…. Le rêve comme leitmotiv de l’humanité, de la vie, de l’existence! Ah! Rêver… Ah! Croire, avoir des certitudes, ne fussent-elles qu’apparentes!! Aller au bout de quelque chose, réaliser, réaliser!!

Faire, créer, exister!!

Zeus, à nous deux!!

(22 juillet 2001)


Troisième neige

Je le sais, ils viennent de le dire,
Il neige là-bas, dans le lointain
Un voile tout pur, drap de satin
S’étend déjà sur l’asphalte dure

Je m’évertue à crier, je lance des questions
Le silence me répond, lourd comme le plomb
Qui ? Pourquoi ? Comment ?
Comment ? Pourquoi ? QUI ??

Comme j’aimerais partager ce moment
L’an prochain ou peut-être maintenant (?)
Ce moment de féerie, cet instant de grâce,
Cette rédemption, ce saut de l’âme !

Mais je n’y suis pas, c’est le problème
Je ne puis même pas partager
L’idée même de ce baptême
De la nature à une bien-aimée

Finalement, il doit tomber de la neige fondante
Des flocons absurdes qui s’effacent sur le béton
Alors qu’ils devraient l’effacer, lui
Absurdité de l’existence, quand t’évanouiras-tu ?

(11/11/2001)


J’ai mal

J’ai mal à la noblesse de l’âme
À sa grandeur toute petite

J’ai mal à des dogmes qui n’en sont plus
À des principes qui n’arrivent pas à vaincre le quotidien

J’ai mal à la grandeur du cœur
À ce cœur où il y a de la place pour mille
Mais où personne ne veut entrer

L’être façonne l’image, l’image façonne l’être
Dans de perpétuels aller-retours

De quoi alors qualifier le « je suis » ?
Comme ci ? Simpliste, réducteur.
Comme ça ? On ne l’est plus dès que c’est dit.

Finalement, la vie est-elle une pièce de théâtre
Dans laquelle on peut jouer le rôle que l’on veut ?

(mai 2002)


Requiem pour une grand-mère

Il y a deux ans, à Noël, ma grand-mère a donné à chacun de ses petits-enfants quelque chose qui leur resterait, une fois qu'elle serait... "partie", comme elle disait. Il s'agit d'un bougeoir en argent, simple petit verre creux au rebord mince, haut de quelques centimètres à peine, avec des trous en forme d'étoile pour laisser passer la lumière. Le mien m'a suivi dans mon déménagement outre-mer. Je viens d'allumer la chandelle qu'il contient. Et tout plein de souvenirs remontent à la surface...

Mercedès Darveau était une femme au triple "M": Maman, Mamie, Mercedès. Des trois, Mercedès était la femme publique. La femme d'action qui, jusqu'à tout récemment, arpentait les corridors au pas de course... La convive à l'appétit de moineau qui, à défaut de vous vider le frigo, vous vidait une salière en trois repas... Mercedès était l'épouse fidèle qui, pendant des années, retournait quotidiennement au chevet de son mari.

Maman, Grand-"maman". Des gants en plastique roses. Des petits bateaux en poterie. De la couture que l'on pouvait parfois qualifier... d'expérimentale. La soupe aux looooongs macaronis et les meilleurs tournedos de la planète... Sans oublier, bien sûr, un "bbbbon" café! Des oiseaux... partout! Même sur une cassette, qu'elle écoutait inlassablement avec son magnétophone vétuste -- vous savez, cette horreur dans un étui de cuir avec des trous dedans pour laisser passer le son, et qui n'avait qu'un seul bouton pour avancer, reculer et jouer... Dernier "M": Mamie, ma Mamie. Les chansons composées dans l'auto, sur la route de La Tuque. Les soirées du vendredi où, au Samuel Holland, je m'endormais sur un matelas de mousse en rêvant aux dessins animés que j'allais pouvoir regarder le lendemain matin. Et peut-être, surtout, cette Sonate "Clair de lune" de Beethoven, la musique de ses amours...

96 ans et 10 jours après l'avoir mise au monde, le bon Dieu est finalement venu chercher Maman, Mamie, Mercedès. Depuis fort longtemps, elle répétait à qui voulait bien l'entendre qu'elle était prête à partir avec lui. Cette attitude, que j'ai longtemps associée à une lassitude face à la vie, découlait plutôt d'une grande sagesse. Mamie avait accepté l'inexorabilité de la mort. Elle avait accepté le fait qu'il existe des choses sur lesquelles nous n'avons aucun contrôle. Son bon Dieu et son Père Eymard personnifiaient ce renoncement. Mais c'est précisément dans cette humilité face à tout ce qui la dépassait que Mamie puisait son incroyable énergie vitale. Essayons aujourd'hui de récupérer un peu de cette sagesse qu'elle nous lègue pour soulager notre chagrin. Dans mon bougeoir en argent, la chandelle vient de s'éteindre, au bout de sa cire. Mais... le bougeoir reste. Tiens, je vais mettre une chandelle neuve, et... l'allumer.

(novembre 2003)